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Interview

Valérie Charrieau-Khalili réalise des films sur-mesure, des documentaires sous forme de séries, des courts-métrages pour entreprises et jeunes entrepreneurs. Rencontre avec une vidéaste créative qui place l’émotion au cœur de son action.

 

 

Interview réalisée et écrite par Sandra Schuhler-Bastian, rédactrice, biographe et éditrice

https://www.biographe.fr

 

 

 

Valérie, tu es scénariste, réalisatrice et productrice de films pour les entreprises, quel est ton concept ?

En fait, je me suis d'abord lancé dans la création de documentaires.

J’aime travailler sur des sujets inspirants et concevoir tout autour l’ambiance qui correspond le mieux pour faire transparaître des émotions.

C’est ce que je fais depuis un certain temps également avec les entrepreneurs. J’apporte aux entreprises une façon différente et différenciante de les filmer, une approche et un regard autres de ce qui se fait actuellement dans l'audiovisuel.  
Une société audiovisuelle classique va souvent diriger ses vidéos dans l’axe de la communication, alors que les films que je propose sont davantage axés sur la transmission d'émotions, la transmission des valeurs de l’entreprise, de l’entrepreneur. Donc, dans ma manière de filmer, je suis presque plus dans l'intime, avec l’idée de montrer une proximité entre l’entreprise filmée et les personnes à qui peut s’adresser le film.

Je réalise également des films pour des créateurs d'entreprise qui veulent développer leurs marques. Dans ce cas, je vais partir de son intime conviction, montrer que ce qu'il propose a du sens ; je vais raconter une histoire autour de son concept novateur, en articulant mon film de manière à ce qu'il fasse transparaître en images ce qui anime vraiment l’entrepreneur, ce qu'il apporte au monde, et parler de ses différences.

 

 

Tu as lancé ton agence audiovisuelle 3V PROD il y a quelques années déjà avec l’idée de faire des films documentaires. De quel genre de documentaires s’agit-il ?

Le tout premier film que j'ai fait est un documentaire d'une heure quarante-cinq, que j'ai proposé en plusieurs modules de 30 minutes. J'ai conçu ce premier documentaire comme une web-série avec trois parties. Je trouvais intéressant de raconter une histoire avec des épisodes dans lesquels on aborde un élément différent de l’histoire ou du sujet principal d’un épisode à l’autre, un peu comme dans une série télé.  
Et cette expérience m'a amenée à développer un concept de web-séries qui expose une thématique, mais avec plusieurs points de vue. La longueur permet de déployer divers aspects en détail. 

Alors là, j’évoquais les longs-métrages que je conçois. Je réalise également des films d’une durée bien plus courte.

Et même dans les formats courts, j'essaye toujours de présenter des points de vue différents.
J'ai eu, par exemple, l'occasion de filmer la foire équestre internationale de Ponte de Lima au Portugal. D’emblée, il m’a paru intéressant de montrer cette foire à partir de points de vue divers et variés : les concours d’élevages de chevaux lusitaniens, les compétitions équestres, bien évidemment, mais aussi la richesse patrimoniale de la ville qui est chargée d'histoire, son extraordinaire gastronomie, la convivialité des gens, leur accueil chaleureux, d’autres activités sportives, comme le horse-ball, qui font la renommée de la localité chaque été. Ainsi, dans ce reportage d'une quinzaine de minutes, j'ai montré beaucoup de choses, avec toujours l’idée de partager de l'émotion. L’avantage d’un tel film, c’est qu’il va toucher un public très large, autant ceux qui s'intéressent à l'équitation, que ceux qui pourraient être attirés par la gastronomie qu’offre la ville, la culture, la musique, ou tout simplement par la découverte d'une région au travers de la nature environnante.
Et dans chacun des films que je conçois, j'essaye de faire partager un univers ; c'est ce qui me porte depuis toujours. 

 

 

S’agissait-il d’un film de commande ?

Le maire de Ponte de Lima et l'organisateur de la foire équestre internationale m'avaient invitée sur place pour que je tourne un film. L'organisateur de la foire connaissait mes réalisations et appréciait mon regard, mon approche des sujets. Le maire m'a laissé carte blanche pour réaliser un film sur l’événement.
Et pour ce reportage, j'ai pris contact en amont notamment avec des éleveurs pour les interviewer. J'ai également pu interviewer des personnalités du monde équestre, célèbres dans leur domaine.

Alors oui, j'ai réalisé un film de commande, mais avec une totale liberté d'action. Et c'est la plupart du temps comme ça, parce que généralement mes clients se reposent sur mon sens de la créativité.

Bien évidemment, j'ai également des commandes de films pour entreprise avec un cahier des charges à suivre quasiment point par point. 

Et j'aime bien ce mixte.

Car le Graal pour un réalisateur de film, c’est de pouvoir créer, d’avoir la liberté de proposer un angle d’approche original. Mais je comprends très bien que le client puisse avoir une idée bien précise de ce qu’il veut pour son film, et je m’y plie volontiers. Après si je vois qu’il y a des éléments qui ne me semblent pas cohérents, je le signale et apporte des conseils avisés.

 

 

En préparant cette interview, j’ai pu visionner quelques-uns de tes films, ce qui m’a permis de découvrir un univers bien spécifique que tu sembles aimer filmer : l’équitation. Pourquoi l’équitation ?

J'ai été baigné dans un univers entouré de chevaux. J'ai pratiqué l'équitation, j'ai eu des chevaux, mon grand-père travaillait dans les haras nationaux. Mon mari montait aussi à cheval, il a été formé par un maître en équitation – un maître comme on en fait plus aujourd’hui – et a participé à des concours de niveau international.

Aussi, lorsque j'ai créé mon entreprise, ça s'est présenté comme une évidence, je souhaitais filmer des chevaux, montrer toute la beauté de l'art équestre. En plus, il est vrai, j’avais très envie de partager avec mon mari au travers de mon concept de films un univers qui nous est commun, l’amour des chevaux.

Ayant eu dès le départ le projet de créer des web-séries, le sujet de l'art équestre s’est imposé à moi naturellement, car il se prête parfaitement à ce genre de documentaire.

Je m'intéressais aussi depuis quelque temps au travail du photographe et régisseur du Cadre noir de Saumur. Alors que mon agence audiovisuelle était en cours de création, j'ai vu qu'il proposait un spectacle qui s'appelait « Danse avec le Cadre noir », cela m’a paru être un sujet intéressant à filmer. Pas tant le spectacle en lui-même, mais plutôt les coulisses. J’ai vu ces deux univers totalement différents se mêler d’une façon surprenante et magique.  
J’ai été fasciné par ce mélange. J’ai alors présenté mon projet de film au régisseur qui l’a accueilli avec enthousiasme. De là est née une belle aventure qui dure depuis six ans, puisque j’ai réalisé des films pour et sur le Cadre noir de Saumur.

  


Tu as créé 3V PROD en 2015. Qu’est-ce qui t’a amenée à créer une agence de production audiovisuelle ?

Pas mon parcours d’études ou d’entreprise, parce qu’il est bien différent de mon métier actuel. En fait, J'ai toujours été attirée par l'art, je dessinais, je peignais.

À la naissance de ma fille, je me suis prise de passion pour la photo et très rapidement pour les vidéos. Et, au fil du temps, j'ai affiné mes connaissances sur les techniques de tournage.

Puis j'ai acheté un appareil plus performant. Et j'ai eu envie de mettre en scène mes sujets. Quand mon mari ou d'autres cavaliers que je connaissais participaient à des stages équestres, je les filmais puis je montais des mini films pour donner envie à d'autres de participer à un stage équestre. 

 

 

Quel est ton parcours ?

J'ai une maîtrise de biochimie axée sur la génétique, et je prévoyais de travailler dans la recherche. Mais au cours d'un stage, je me suis rendu compte que disséquer, faire des expériences sur les animaux, quand bien même ce serait dans un laboratoire, ne me correspondait vraiment pas. J'ai alors entrepris une cinquième année d'études pour obtenir un DESS en management des entreprises. Avec l'idée d'intégrer la société pharmaceutique pour laquelle j'avais fait le stage en maîtrise et qui avait un poste de responsable de laboratoire à me proposer. Mais entre-temps le laboratoire français a été racheté par les Américains. Toute l'équipe de direction et une bonne partie du staff ont été remerciées d'une façon assez brutale, ce qui a inéluctablement soulevé chez moi de nombreuses interrogations. Je ne me voyais pas évoluer dans une entreprise au management expéditif.

J'ai alors cherché une autre entreprise pour faire mon stage de fin d'études. C'est ainsi que j'ai obtenu une place de contrôleur de gestion dans une entreprise d'embouteillage et de mise sous film de packs d'eau. Durant le stage, outre la réalisation de tableaux de bord de gestion, ce qui correspondait à ma mission, je m'étais spontanément investie dans une enquête auprès des différentes équipes pour savoir ce que les personnels attendaient d'un nouveau système d'information, ce dont ils avaient besoin pour améliorer leur mode de fonctionnement, car j'avais entendu que la direction envisageait de lancer un projet de changement de système informatique. À l'issue de cette enquête, j'ai établi un rapport que j'ai remis à la direction. Ayant apprécié mon initiative, la direction m'a proposé de poursuivre la gestion de ce projet en m'offrant un CDI. Ensuite, parce que je prenais naturellement des responsabilités, il m'a été proposé d'assurer des missions de contrôle de gestion pour d'autres entités du groupe. Riche de cette belle expérience, j'ai pu postuler pour des postes similaires dans d'autres entreprises. À chaque fois, je participais à la mise en place de projets informatiques. J'ai trouvé toutes ces missions passionnantes, car pour bien comprendre ce dont l'entreprise a véritablement besoin, il faut aller à la rencontre des collaborateurs, les interroger sur l'esprit de l'entreprise : que veut-on mettre en avant, quels sont les points forts qu'il faut absolument garder, les points faibles à travailler pour qu'ils deviennent des points forts, etc.

 

 

Et pour les films que tu réalises, fonctionnes-tu de la même façon ? 
En effet, je continue de fonctionner de la même manière : questionner, analyser, et synthétiser pour aboutir à une solution qui est la meilleure en fonction des besoins.

 

 

Qu'est-ce qui a fait qu'un jour tu t'es lancée dans l’audiovisuel ?
L’entreprise dans laquelle je travaillais a décidé de délocaliser et j'ai à nouveau été confrontée à un licenciement économique. Le deuxième, c'en était trop. J'ai alors décidé de quitter le monde de l'entreprise et de l'industrie pour créer ma propre boîte. Et après un temps de réflexion, j’ai pris le parti de développer mon concept de films documentaires et pour les entrepreneurs.

 

 

Tu réalises des films sur mesure. À qui s'adresse ton offre de films courts ?

Principalement à des entreprises dans l'innovation. J'aime concevoir des films pour des entreprises qui ont ou qui veulent développer un rôle sociétal, des entreprises qui par leurs actions contribuent au bien-être de la société, que ce soit sur le plan écologique, social ou économique.

J'ai par exemple conçu et réalisé un film pour une entreprise qui propose une alternative aux véhicules automobiles. Il s’adresse tout particulièrement aux parents qui veulent accompagner leurs enfants à l'école de manière plus écologique.  
J’admire les gens qui innovent, qui ont quelque chose de particulier, de singulier à proposer. Car c’est grâce à leurs idées que l’on arrive à faire avancer la société de façon positive.  

 

 

Tes films au format court se construisent sur une succession d'images et un fond musical, avec peu ou pas de paroles. Pourquoi ?

Je produis des films et de l'émotion. C’est le slogan de mon entreprise.  
J'aime faire passer l'émotion autrement que par des paroles. C'est ma marque de fabrique. Et quand je présente mon concept à mes clients, ils sont les premiers à me dire qu'ils préfèrent une vidéo sans paroles et sans texte. J’utilise alors toutes les techniques cinématographiques pour véhiculer leur message par l'action, le mouvement, les couleurs, la luminosité, la musique, l’insertion d’images de coupe, etc. 

Mais bien évidemment si mon client me dit qu'il souhaite qu'il y ait de la parole, c'est tout à fait faisable. Dans ce cas, je vais introduire quelques éléments de-ci de-là, tout en jouant sur le débit de parole et en utilisant les silences. Mon objectif demeure le même : générer une émotion.

Parce que ce qui nous parle le plus, c'est l'émotion.

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